Impact environnemental du numérique : ce qui pollue vraiment et comment agir

Ce qui pollue vraiment dans le numérique, les actions qui comptent pour une petite entreprise, et les chiffres officiels à connaître.

  • Pour qui : dirigeants de TPE et PME
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  • Lecture : 7 min
Une technicienne reconditionne un ordinateur portable dans un atelier rempli d'appareils récupérés

L’impact environnemental du numérique vient d’abord de la fabrication des appareils : extraire les métaux, produire les puces et les écrans pèse plus lourd que de les utiliser. Selon l’Arcep, le numérique représente 3 à 4 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde et environ 4 % de l’empreinte carbone de la France en 2022. Pour une PME, le levier le plus efficace est donc simple : acheter moins d’équipements, les garder plus longtemps et choisir du reconditionné. Les gestes sur les mails ou le stockage viennent après.

Impact environnemental du numérique : de quoi parle-t-on ?

On parle d’empreinte environnementale pour désigner l’ensemble des effets d’un produit sur la nature, de l’extraction des matières premières jusqu’au déchet. Pour le numérique, cette empreinte se répartit entre trois familles d’éléments :

  • Les terminaux : ordinateurs, écrans, smartphones, tablettes, imprimantes, box, objets connectés. Ce sont les appareils que vous achetez.
  • Les réseaux : câbles, fibre, antennes, équipements des opérateurs qui transportent les données.
  • Les centres de données : des bâtiments remplis de serveurs qui stockent et calculent pour les services en ligne (messagerie, cloud, sites, IA). Il faut les alimenter en électricité et les refroidir en permanence.

Le carbone n’est pas le seul sujet. Greenpeace rappelle que la pollution numérique couvre aussi la consommation d’eau, la contamination chimique autour des mines, l’atteinte à la biodiversité et les déchets électroniques. Une grande partie de ces impacts a lieu loin de la France, dans les pays où l’on extrait les minerais : on parle de pollution importée.

L’Arcep et l’ADEME, l’agence de la transition écologique, ont mesuré cette empreinte en France dans une étude commune, avec une mise à jour publiée en janvier 2025 sur des données de 2022. Cette mise à jour intègre les usages français hébergés dans des centres de données situés à l’étranger, ce que la première version ne faisait pas.

Qu’est-ce qui pollue le plus dans le numérique ?

La fabrication des équipements arrive en tête. Un ordinateur portable contient des dizaines de métaux extraits sur plusieurs continents ; leur extraction consomme de l’énergie, de l’eau et laisse des sols pollués. Plus l’appareil est grand et complexe, plus sa fabrication pèse : un grand écran haute définition demande plus de matière qu’un petit.

Viennent ensuite les centres de données et les réseaux. Leur part augmente : l’enquête annuelle de l’Arcep « Pour un numérique soutenable » relève que la consommation électrique des centres de données a progressé de 38 % en trois ans. Certaines technologies pèsent particulièrement lourd : les cryptomonnaies fondées sur la preuve de travail, comme Bitcoin, consomment beaucoup d’électricité, l’une des limites de la blockchain dans la finance. Les vidéos, lourdes à stocker et à transporter, et l’IA générative, gourmande en calcul, tirent cette hausse.

La tendance n’est pas rassurante. Dans leur évaluation prospective publiée en mars 2023, l’ADEME et l’Arcep estiment que, sans action, l’empreinte carbone du numérique en France pourrait tripler entre 2020 et 2050, et sa consommation d’énergie doubler.

Comment réduire l’impact environnemental du numérique dans une PME

Le tableau classe les actions selon ce qu’elles touchent. Les premières lignes portent sur la fabrication, donc sur la plus grosse part de l’empreinte. Les dernières ont un effet plus modeste, mais elles coûtent peu.

Action Ce qu’elle réduit Effort pour une PME Comment s’y prendre
Allonger la durée de vie des postes et des smartphones Fabrication de nouveaux appareils Faible Ne remplacer que ce qui ne fonctionne plus ou ne répond plus au besoin ; ajouter de la mémoire ou un disque SSD avant de racheter
Acheter reconditionné Fabrication Faible Exiger une garantie écrite et un état détaillé de la batterie et de l’écran
Réparer plutôt que remplacer Fabrication Moyen Vérifier la garantie, demander un devis de réparation avant tout rachat
Limiter le nombre d’appareils par personne Fabrication Moyen Faire l’inventaire du parc : second écran, tablette, téléphone pro et perso, imprimantes individuelles
Confier le matériel en fin de vie à une filière agréée Déchets et matières perdues Faible Passer par un repreneur ou un collecteur de DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques), avec un certificat d’effacement des données
Réduire la vidéo inutile Réseaux et centres de données Faible Couper la caméra en visio quand elle n’apporte rien, baisser la qualité vidéo par défaut
Faire le ménage dans le stockage en ligne Centres de données Faible Supprimer les doublons et les vieux fichiers lourds, partager un lien plutôt qu’une pièce jointe
Éteindre les box, écrans et imprimantes la nuit Électricité Faible Une multiprise à interrupteur ou une programmation horaire

Le parc informatique d’abord

La décision qui pèse le plus se prend au moment de l’achat. Fixez une règle simple : un poste n’est remplacé que s’il tombe en panne sans réparation raisonnable, ou s’il ne fait plus tourner vos logiciels. Un ordinateur lent retrouve souvent une seconde jeunesse avec plus de mémoire vive ou un disque SSD (un stockage sans pièce mobile, bien plus rapide qu’un disque dur classique). Les conseils de l’Arcep vont dans le même sens : ne changer de smartphone ou d’ordinateur que lorsqu’il n’est plus fonctionnel, et préférer les terminaux recyclés. Le reconditionné, un appareil d’occasion remis en état et garanti, en est la forme la plus simple pour une entreprise.

Tenez un inventaire simple du parc informatique de l’entreprise : modèle, date d’achat, utilisateur, date de fin des mises à jour de sécurité. Ce tableau indique quel poste remplacer en premier et évite les achats en double.

Les usages au bureau et en télétravail

La vidéo est l’usage le plus lourd en données. Une réunion où chacun garde sa caméra allumée sans raison transporte beaucoup plus de données qu’une réunion audio. Les réglages des outils de travail hybride permettent souvent de démarrer caméra coupée par défaut. L’Arcep recommande aussi de privilégier le Wi-Fi au réseau mobile quand on est au bureau ou chez soi, la fibre étant moins énergivore que le cuivre.

Le stockage et le cloud

Passer au cloud ne fait pas disparaître les serveurs : ils sont ailleurs, chez un fournisseur. Ce choix peut toutefois réduire le nombre de machines à acheter et à entretenir dans vos locaux. Si vous comparez des offres de cloud pour PME, demandez au fournisseur où sont ses centres de données et quelles données environnementales il publie. Côté ménage, supprimez les doublons et les fichiers obsolètes, mais ne touchez pas aux copies de secours : une sauvegarde des données professionnelles reste indispensable, même si elle occupe de la place.

Votre site web

Depuis le 17 mai 2024, un référentiel public existe : le RGESN, référentiel général de l’écoconception des services numériques, publié par l’Arcep et l’Arcom avec l’ADEME. Il liste des critères pour concevoir des sites et applications plus sobres : pages légères, vidéos qui ne se lancent pas seules, fonctions vraiment utiles. Vous pouvez le transmettre à votre prestataire web au moment d’une refonte.

Qui pollue le plus, Google ou ChatGPT ?

Une requête adressée à une IA générative demande en général plus de calcul qu’une recherche classique sur un moteur. L’écart varie fortement selon le modèle utilisé et la complexité de la demande : générer une image ou un long texte coûte plus qu’une réponse courte. À cela s’ajoutent l’entraînement des modèles et la fabrication des serveurs spécialisés. L’Arcep a consacré un rapport à ce sujet, « Intelligence artificielle générative : quels défis environnementaux ? ».

La règle pratique : utilisez l’IA quand elle vous fait gagner du temps sur une tâche réelle, pas pour chercher l’adresse d’un fournisseur. Si vous comparez des outils d’IA pour le contenu, le bon outil est celui qui donne le résultat du premier coup, pas celui qu’on relance dix fois.

Comment vérifier un chiffre avant de le citer

Beaucoup de chiffres-chocs circulent, du type « un mail émet x grammes de CO2 ». La plupart ne précisent ni la méthode ni la date, et les résultats changent selon l’appareil, le réseau et la durée de stockage. Avant de reprendre un chiffre dans une présentation ou un rapport RSE (responsabilité sociétale de l’entreprise), trois réflexes :

  • remonter à la source : une agence publique (ADEME, Arcep) ou une étude dont la méthode est publiée ;
  • vérifier l’année des données : les études sont mises à jour, comme celle de l’ADEME et de l’Arcep en 2025 ;
  • comparer des usages entre eux avec un outil public, comme le simulateur Impact CO2 des usages numériques de l’ADEME, plutôt que de citer un chiffre isolé.

La réserve

Les gestes d’usage sont les plus visibles, mais pas les plus efficaces. Supprimer ses vieux mails ou réduire la taille de sa signature a un effet faible comparé à l’achat d’un ordinateur neuf évité. Le risque, pour une entreprise, est de communiquer sur ces petits gestes tout en renouvelant son parc dès qu’un modèle plus récent sort.

Autre limite : les mesures restent imparfaites. Une partie des services que vous utilisez tourne dans des centres de données à l’étranger, sur lesquels les données publiques sont incomplètes. L’ADEME et l’Arcep ont dû élargir leur périmètre en 2025 pour mieux en tenir compte. Enfin, garder un appareil très ancien a aussi un coût : un poste qui ne reçoit plus de mises à jour de sécurité devient un risque pour l’entreprise. Allonger la durée de vie, oui, mais pas au-delà du support de sécurité du fabricant.

Questions fréquentes


Qu'est-ce qui pollue le plus dans le numérique ?

La fabrication des appareils : extraction des métaux, production des composants et des écrans. Les centres de données et les réseaux suivent, avec une consommation électrique en hausse. Garder ses équipements plus longtemps reste donc le geste le plus efficace.


Qui pollue le plus, Google ou ChatGPT ?

Une requête à une IA générative comme ChatGPT demande en général plus de calcul qu’une recherche classique sur Google. L’écart dépend beaucoup du modèle et de la demande. Réservez l’IA aux tâches où elle apporte un vrai gain.


Qu'est-ce qui pollue le plus, papier ou mail ?

Il n’existe pas de réponse unique : tout dépend du nombre de pages, du nombre de destinataires, des pièces jointes et de la durée de conservation. Un mail court sans pièce jointe pèse peu ; l’essentiel de son empreinte vient des appareils utilisés pour l’écrire et le lire. Le simulateur Impact CO2 de l’ADEME permet de comparer des usages précis.


Quels sont les impacts sociaux du numérique ?

Le commerce de certains minerais, comme l’étain ou le tantale, finance des conflits armés, par exemple dans l’est de la République démocratique du Congo. Les déchets électroniques qui échappent aux filières de recyclage finissent dans des décharges, surtout dans des pays pauvres. Les centres de données entrent aussi en concurrence avec les habitants pour l’eau et l’électricité dans certaines régions.