Solution de sauvegarde entreprise : le plan 3-2-1-1 pour une PME
La règle 3-2-1-1 traduite en matériel et en services, la liste de ce qu'il faut sauvegarder, les questions à poser aux fournisseurs et le calendrier des tests de restauration.
- Pour qui : dirigeants et référents informatiques de TPE et PME
- Niveau Niveau intermédiaire
- Lecture : 7 min

Une bonne solution de sauvegarde d’entreprise applique la règle 3-2-1-1 : trois copies des données, sur deux supports différents, dont une hors des locaux et une hors ligne ou non modifiable. Pour une PME, cela se traduit le plus souvent par une sauvegarde automatique sur un stockage local, une copie externalisée chez un prestataire, et une copie protégée contre l’effacement. Le logiciel se choisit en dernier : décidez d’abord quoi sauvegarder, à quelle fréquence, combien de temps garder les versions, et vérifiez que la restauration fonctionne.
Ce qu’une solution de sauvegarde entreprise doit garantir
Une sauvegarde sert à quatre choses, et une solution sérieuse les couvre toutes :
- retrouver un fichier effacé ou écrasé par erreur, y compris dans sa version de la semaine dernière ;
- remettre en route un poste ou un serveur après une panne, un vol ou un dégât des eaux ;
- repartir après un rançongiciel, ce logiciel malveillant qui rend les fichiers illisibles et cherche aussi à détruire les sauvegardes qu’il trouve ;
- survivre à la perte du local : incendie, cambriolage, inondation.
Deux questions fixent le niveau de protection. La première : combien de travail pouvez-vous perdre ? Si refaire une journée de saisie est acceptable, une sauvegarde par jour suffit ; si ce n’est pas le cas, il en faut plusieurs. Les informaticiens appellent ce seuil le RPO, la perte de données maximale admise. La seconde : combien de temps pouvez-vous rester arrêté ? C’est le RTO, le délai de reprise. Une copie dans un centre de données distant protège bien, mais rapatrier tout un serveur par Internet prend du temps. Une copie locale permet de redémarrer plus vite.
Rappel utile : un service de synchronisation de fichiers n’est pas une sauvegarde. Il recopie aussi les suppressions et les fichiers chiffrés par un rançongiciel. C’est l’une des failles que relève tout plan de cybersécurité pour les PME, au même titre que l’absence de test de restauration.
La règle 3-2-1-1 traduite pour une PME
La règle 3-2-1 est la base admise de la sauvegarde. Le dernier « 1 » a été ajouté pour faire face aux rançongiciels : au moins une copie doit être hors ligne, c’est-à-dire débranchée, ou immuable, c’est-à-dire impossible à modifier ou à supprimer pendant une durée fixée, même avec un compte administrateur. Voici comment chaque chiffre se traduit concrètement dans une structure de quelques postes.
| Exigence | Traduction concrète | Protège contre |
|---|---|---|
| 3 copies | Les données de travail, plus deux copies de sauvegarde | La panne d’un support unique |
| 2 supports différents | Par exemple un NAS au bureau et un stockage en ligne, ou un NAS et des disques externes | Un défaut qui touche un type de matériel |
| 1 copie hors site | Une sauvegarde externalisée chez un prestataire, ou un disque emporté hors des locaux | Incendie, vol, inondation |
| 1 copie hors ligne ou immuable | Des disques en rotation, débranchés après usage, ou un stockage avec verrouillage des versions | Rançongiciel, effacement malveillant, erreur d’administration |
Le schéma le plus courant pour une petite structure tient en trois étages. Un NAS, c’est-à-dire un boîtier de stockage relié au réseau, reçoit chaque nuit la sauvegarde des postes et du serveur : c’est la copie qui permet une restauration rapide. Pour quelques postes, un NAS Synology d’entrée de gamme ou un équivalent suffit souvent : sa configuration, planification, nombre de versions et alertes, compte davantage que le modèle. Le NAS envoie ensuite une copie chiffrée vers un service de sauvegarde en ligne, qui conserve les versions sans les écraser. Enfin, la copie hors ligne ou immuable : soit le service en ligne verrouille les versions, soit deux disques externes alternent, l’un branché, l’autre rangé ailleurs.
Qui sauvegarde quoi, et quand
Une donnée absente de la liste n’est jamais sauvegardée, et on le découvre le jour où il faut la restaurer. Avant de choisir un outil, dressez la liste, avec pour chaque ligne un responsable et une fréquence.
| Données | Où elles se trouvent souvent | Point d’attention |
|---|---|---|
| Fichiers partagés | Serveur, NAS, stockage en ligne | Garder plusieurs versions, pas seulement la dernière |
| Postes de travail | Bureau, dossier Documents, téléchargements | Les fichiers enregistrés hors du dossier partagé échappent à la sauvegarde |
| Messagerie et suite bureautique en ligne | Chez l’éditeur de la suite | L’éditeur assure la disponibilité du service, pas une sauvegarde longue de vos données |
| Comptabilité, paie, gestion commerciale | Logiciel installé ou service en ligne | Vérifier qui sauvegarde : vous, l’éditeur ou l’expert-comptable |
| Site Internet et nom de domaine | Chez l’hébergeur ou l’agence | Obtenir une copie que vous détenez vous-même |
| Configurations | Box, pare-feu, logiciels métier | Exporter les réglages après chaque modification |
Pour les suites en ligne, la corbeille et l’historique des versions ne remplacent pas une sauvegarde : leur durée de conservation est limitée et varie selon l’offre. Lisez-la dans la documentation de l’éditeur, puis décidez si un outil de sauvegarde dédié à cette suite est nécessaire. Le passage aux solutions cloud pour PME déplace donc la question de la sauvegarde, il ne la supprime pas.
Les différents types de sauvegarde
- Sauvegarde complète : copie de toutes les données à chaque passage. Simple à restaurer, mais longue et gourmande en espace.
- Sauvegarde incrémentielle : après une première copie complète, seuls les fichiers modifiés depuis la sauvegarde précédente sont copiés. Rapide et économe, mais la restauration doit enchaîner toute la série.
- Sauvegarde différentielle : copie de tout ce qui a changé depuis la dernière sauvegarde complète. Un compromis : plus lourde que l’incrémentielle, plus simple à restaurer.
- Image système : copie de tout le disque, système et logiciels compris. Elle permet de remettre un poste en état complet sans tout réinstaller.
Les logiciels actuels combinent en général ces méthodes : une complète de temps en temps, des incrémentielles entre deux. Ce qui compte pour vous, c’est le nombre de versions gardées et leur durée de conservation, appelée rétention.
Choisir sa solution sans se faire vendre un logiciel
Les pages qui comparent les solutions de sauvegarde sont souvent publiées par des éditeurs ou des prestataires qui classent leur produit en tête. Plutôt qu’un nom de logiciel, comparez les réponses à ces questions, à poser à tout fournisseur :
- Les données sont-elles chiffrées avant de quitter vos locaux, et qui détient la clé ?
- Dans quel pays sont stockées les copies, et sous quel droit est le fournisseur ?
- Les versions peuvent-elles être verrouillées contre la suppression, et pour combien de temps ?
- Combien de versions sont gardées, et pendant combien de temps ?
- Êtes-vous alerté quand une sauvegarde échoue, et qui lit l’alerte ?
- Combien de temps faut-il pour restaurer un poste complet, et la restauration ou la sortie des données est-elle facturée ?
- Comment récupérez-vous toutes vos données si vous changez de fournisseur ?
Pour le budget, aucun prix public ne vaut pour toutes les structures : il dépend du volume, du nombre de postes et de serveurs, de la durée de rétention et du niveau de service. Demandez un prix par poste ou par serveur et par mois, le prix du stockage au volume, et le coût d’une restauration complète. Ajoutez le matériel local, NAS et disques, et le temps de la personne qui vérifie. Si un infogérant gère votre parc, ces questions entrent dans son contrat.
Les sauvegardes contiennent les mêmes données personnelles que vos fichiers : clients, salariés, fournisseurs. Le RGPD s’applique donc aussi à elles, pour la sécurité, la durée de conservation et le lieu de stockage. En cas de doute sur une obligation précise, interrogez votre délégué à la protection des données ou votre conseil.
Le test de restauration et le plan de reprise
Une sauvegarde jamais restaurée est une hypothèse. Inscrivez trois tests au calendrier, avec un nom en face :
- chaque mois, restaurer un fichier au hasard dans une version ancienne ;
- chaque trimestre, restaurer un poste complet sur une machine de test, en notant le temps nécessaire ;
- chaque année, simuler la perte du local : depuis la seule copie externalisée, retrouver la comptabilité et la messagerie.
Le temps mesuré au deuxième test vous dit combien de jours l’activité s’arrêterait. S’il est trop long, c’est la copie locale ou le débit de la connexion qu’il faut revoir. Ces résultats forment la base du PRA, le plan de reprise d’activité : un document court qui dit qui fait quoi, dans quel ordre, et où se trouvent les sauvegardes et les accès. Imprimez-le et rangez-le hors de l’ordinateur. En cas de cyberattaque en entreprise, c’est le premier papier que l’on cherche, avant même de restaurer.
La réserve
La sauvegarde protège la disponibilité de vos données, pas leur confidentialité : si un attaquant a copié vos fichiers avant de les chiffrer, restaurer ne l’empêchera pas de les publier. La copie immuable a aussi sa contrepartie : une donnée verrouillée ne peut pas être supprimée avant la fin du délai, ce qui complique par exemple l’effacement demandé par une personne au titre du RGPD, et le stockage des versions se paie. Une restauration complète depuis le cloud dépend du débit de votre connexion et peut prendre longtemps sur une ligne modeste. Enfin, le meilleur dispositif échoue sans surveillance : une alerte d’échec que personne ne lit, c’est une sauvegarde qui s’est arrêtée sans bruit. La sauvegarde reste une brique parmi d’autres de la cybersécurité de l’entreprise, avec les comptes, les mises à jour et la messagerie.
Questions fréquentes
Que signifie la règle « 3 2 1 1 » en matière de sauvegarde ?
Elle demande trois copies des données, sur deux supports différents, dont une conservée hors des locaux et une hors ligne ou immuable. Le dernier « 1 » vise les rançongiciels, qui cherchent à détruire les sauvegardes accessibles depuis le réseau. Une copie débranchée ou verrouillée contre la suppression leur échappe.
Quels sont les inconvénients du stockage en cloud ?
Le stockage en ligne dépend de votre connexion : restaurer un gros volume peut prendre longtemps. Vos données sont chez un tiers, ce qui pose la question du pays de stockage, du chiffrement et de la récupération si vous changez de fournisseur. Enfin, un service de synchronisation recopie aussi les suppressions et les fichiers chiffrés par un rançongiciel.
Quels sont les différents types de sauvegarde informatique ?
On distingue la sauvegarde complète, qui copie tout à chaque fois, l’incrémentielle, qui copie seulement ce qui a changé depuis la sauvegarde précédente, et la différentielle, qui copie ce qui a changé depuis la dernière complète. L’image système copie un disque entier, système et logiciels compris, pour remettre une machine en état d’un coup.
Qu'est-ce qu'une sauvegarde externalisée ?
C’est une copie de vos données conservée hors de vos locaux, le plus souvent dans le centre de données d’un prestataire, envoyée automatiquement par Internet. Elle protège contre l’incendie, le vol ou l’inondation du bureau. Pour qu’elle résiste aussi aux rançongiciels, elle doit garder plusieurs versions et, idéalement, les verrouiller contre la suppression.